Pourquoi la productivité ne résout pas ton épuisement du dirigeant

La productivité ne sert à rien, la plupart du temps

C’est une phrase que j’ai postée un jour, presque par agacement. Elle a fait réagir plus que je ne l’imaginais, parce qu’elle touche un point sensible chez beaucoup de dirigeants : et si tout ce temps passé à s’organiser ne servait, au fond, à rien ?

Je ne dis pas que la productivité n’existe pas ou qu’elle ne sert jamais. Je dis que la plupart du temps, quand j’entends quelqu’un me parler de « productivité », ce que j’entends en réalité, c’est de l’optimisation. Et l’optimisation, ce n’est utile que si tu optimises la bonne chose.

À quoi ça sert d’optimiser ta création de contenu, si elle ne te rapporte ni chiffre d’affaires, ni plaisir ? À quoi ça sert d’avoir un agenda millimétré, si tu l’as rempli de tâches qui ne comptent pas ? Un scénario Make ou N8N ne répond jamais à cette question, parce que ce n’est pas sa fonction. Sa fonction, c’est de faire plus vite ce que tu as déjà décidé de faire, jamais de te dire si tu as décidé la bonne chose.

Avant d’optimiser, il faut évaluer. Avant d’évaluer, il faut cartographier. Et ça, aucune méthode de productivité ne le fait à ta place.

Le piège de l’optimisation

Voilà le piège dans lequel je vois tomber la majorité des dirigeants que j’accompagne : ils confondent efficacité et énergie. C’est souvent comme ça qu’arrive l’épuisement du dirigeant… 

L’efficacité, c’est faire plus, avec moins de friction. L’énergie, c’est ce qu’il te reste, une fois la journée finie, pour être présent à ta vie. Ce sont deux choses différentes, qui n’évoluent pas forcément dans le même sens. Tu peux devenir remarquablement efficace, cocher toutes tes tâches, fermer ton ordinateur à l’heure prévue… et arriver au dîner complètement vidé, incapable d’écouter une phrase de plus.

Le sens suit la même logique. Une méthode de productivité peut t’aider à traiter deux fois plus d’emails en deux fois moins de temps. Elle ne peut pas te dire si ces emails méritaient d’être traités en priorité, ou si tu réponds, depuis des mois, à des urgences qui ne sont pas les tiennes.

C’est pour ça que j’ai vu des dirigeants suivre à la lettre les meilleures méthodes du marché, Pomodoro compris, et rester exactement aussi épuisés qu’avant. Ils sont devenus plus rapides à faire ce qui les vide. Une fuite en avant, simplement mieux chronométrée.

Une productivité pensée pour l’usine, pas pour ta tête

Il y a une raison plus profonde à ce piège, une raison qu’on ne regarde presque jamais en face : la plupart des méthodes de productivité qu’on t’a vendues viennent d’un monde qui n’est plus le notre.

Elles ont été pensées pour une chaîne de production. Un rythme linéaire, constant, continu, où chaque heure doit produire à peu près la même chose que la précédente. C’est un modèle qui fonctionne très bien pour visser des boulons huit heures d’affilée. Il fonctionne beaucoup moins bien pour un cerveau.

Parce que ton cerveau, lui, n’a jamais su produire de façon linéaire. Certains jours, une idée arrive en dix minutes et change la direction d’un projet entier. D’autres jours, tu passes trois heures devant un document sans avancer d’une ligne. C’est le fonctionnement normal d’un cerveau qui fait un travail intellectuel, pas un travail mécanique.

Le problème, c’est qu’on continue de te mesurer, et de te mesurer toi-même, avec la règle de l’usine. Alors tu passes tes journées avec l’impression de ne pas en faire assez, d’être à la bourre, mal réglé, mal adapté à ton propre métier. Ce sentiment-là mesure l’écart entre ce qu’on exige de toi et ce que ton cerveau est réellement capable de fournir.

Et c’est un des trucs qui use le plus, discrètement, un dirigeant : la culpabilité permanente de ne jamais aller assez vite, mesurée à une horloge qui n’a jamais été faite pour toi. 

Selon Cal Newport, c’est une des principales source d’épuisement du dirigeant comme du salarié. 

Ce que la productivité ne peut pas réparer

Le vrai sujet, chez la plupart des dirigeants que j’accompagne, c’est un désalignement entre ce qu’ils construisent et ce qu’ils ressentent.

J’accompagne une dirigeante qui fait tourner une entreprise à 600 000 euros de chiffre d’affaires. Une belle équipe, une réputation solide, un business qui, sur le papier, tourne parfaitement. Aucune méthode de productivité ne lui manquait : elle savait déjà s’organiser mieux que la plupart des gens que je croise. Ce qui lui manquait, c’est qu’elle avait fini par ne plus se souvenir de la dernière fois où elle avait eu une pensée qui n’était pas liée à son business. Elle avait construit sa propre cage, une cage dorée, à force d’optimiser un système qui ne l’interrogeait jamais sur sa direction.

Ce désalignement-là, aucune application ne le détecte. Il ne se loge pas dans ton agenda. Il se loge dans l’écart entre la vie que tu es en train de construire, et la vie que tu voulais vraiment au départ. Tu peux réduire cet écart en devenant plus productif un temps, tu vas juste y arriver plus vite. Le sujet reste entier.

Arrête de courir après la productivité. Commence par courir après la clarté. Le reste viendra ensuite, mais seulement dans cet ordre-là.

La méthode P.A.R.E.N.T., une alternative à l’optimisation

C’est pour répondre à ce désalignement que j’utilise, avec la majorité des dirigeants que j’accompagne, une méthode qui ne commence jamais par l’organisation : le système P.A.R.E.N.T.

  • Prioriser : distinguer ce qui relève réellement de ton rôle de dirigeant, et ce que tu as accumulé par habitude ou par peur de lâcher.
  • Aligner : reconnecter tes décisions du quotidien à une intention de vie claire, plutôt qu’à la seule logique de croissance.
  • Réorganiser : repenser la structure de ton entreprise pour qu’elle absorbe une partie de ce que tu portes seul.
  • Énergiser : restaurer les ressources physiques et mentales que tu as mises de côté au profit du business.
  • Nourrir : redonner, consciemment, de la place aux relations reléguées en dernière priorité.
  • Temporiser : accepter que ce travail se fasse sur plusieurs mois, pas en un week-end de séminaire.

Tu remarqueras que « s’organiser mieux » n’apparaît nulle part dans ces six piliers. C’est volontaire. L’organisation vient après, une fois que tu sais pour quoi, exactement, tu t’organises.

Ce que ça te demande de ta part

Reconnaître que ton problème n’a jamais été un problème de productivité demande d’accepter une chose inconfortable : aucune méthode, aucune application, aucun système ne va le résoudre à ta place.

Arrête de chercher la prochaine méthode qui va enfin faire la différence. Commence par te demander, honnêtement, ce que tu ressens en fermant ton ordinateur le soir. Si la réponse te met mal à l’aise, c’est probablement le signal que tu cherches.

Si tu te reconnais dans ce que je viens de décrire, le premier pas, c’est une conversation. Réserve un appel découverte, le bouton est juste en dessous. 

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William ROY, spécialiste du coaching de dirigeant

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